Un ptit billet hors-sujet...
J'ai déménagé en 2005, et je suis partie habiter la banlieue lointaine. Oui, difficile de trouver une grande maison pour 7 à un prix abordable... Du coup, matin et soir, je prends le train pour aller travailler à Paris. Tout de suite, dans ma tête, j'ai alors pensé à "Donald banlieusard".
Cette aventure de Donald, au nom palpitant, est parue dans un Picsou Géant Magazine de fin 1977. Oui, je suis vieille, donc je l'ai lu quand j'avais 11 ans. Ca avait marqué la petite parisienne intra-muros que j'étais : mon dieu quelle horreur, ce grand flot de banlieusards sortant de leur train, remontant le quai avec empressement, serrés comme un banc de sardines, pour aller se dispatcher dans le métro... Je ne me rappelle plus du tout de l'histoire, mais l'image grand format de ce magma humain m'a impressionnée.
Quand j'ai dit à mon frère que j'allais ainsi déménager, il m'a aussitôt dit "ah ! Donald banlieusard", donc il en avait gardé le même souvenir que moi
Me voila donc partie dans mes allers-retours de banlieusarde, des coin-coin plein la tête, un chouïa déprimée. L'arrivée du train en gare parisienne, les gens pressés de sortir, de courir prendre leur métro ou RER, le quai noir de monde
. Pourtant...
Pourtant, au bout de quelques jours, je me rends compte que ça ne correspond pas tout-à-fait à la réalité. Même si une majorité des voyageurs se précipite ainsi sur les portes de sortie, beaucoup d'autres sont nettement moins pressés. Il faut dire que la gare parisienne est le terminus, et que le même train va repartir 30 minutes plus tard en sens inverse. Donc, pas de risque, sauf si on s'endort carrément, de louper sa sortie.
Je commence donc, comme certains voisins, à finir ma page de magazine ou de bouquin avant de me lever. Moins de bruit, moins de foule, un quai plus tranquille. Plus les jours passent, plus je prends mon temps. Ce ne sont plus 30 secondes, mais 2 minutes, puis 4 puis 6 que je passe tranquillement dans mon wagon à finir mon chapître ou ma revue ! Et je me rends compte que je ne suis pas la seule ! Et depuis, Donald banlieusard est loin, bien loin. Je fais partie d'un club de lambins qui ont décidé que le train est un endroit délicieux pour traînasser, et que le parcours du (long) quai de la gare est une balade à faire nez au vent en chantonnant. Ca change carrément les choses.
En prime, ensuite, j'ai choisi de faire à pied le trajet qui me sépare de mon bureau plutôt que de prendre le métro. Cela me prend 1/4h en marchant d'un bon pas, et je parcours principalement un parc. C'est le moment d'observer un tas de gens qui font leur jogging. Une petite dame chinoise qui court moins vite que je ne marche, mais qui a l'air très décidée. Un couple de jeunes seniors habillés de façon identique, et courant côte à côte d'un même pas rythmé. Un groupe de 3 jeunes gens avec leur coach grisonnant (leur père ?) qui les encourage. Une quadra grimaçant sous l'effort qu'elle s'impose pour garder la forme. Une jeune femme grimaçant tout autant. Un jeune homme dans son monde, son bonnet lui recouvrant la tête, bonnet dont ne sortent que 2 fils blancs le reliant à son lecteur MP3. Le soir, en sens inverse, ce sont plutôt des parents et enfants que je croise, du moins à la belle saison. Des nounous et des mamies avec des poussettes.
Bref, mon voyage de banlieusarde me plaît bien finalement
et ça me rassure de voir qu'autant de gens savent encore prendre leur temps !
NB : photo extraite du site des transports du Canada.